« Théorie du KO | Page d'accueil | Ex in the City »
14.12.2006
Nez-crologie
Moi, ce que j'aime, chez ces gens-là, c'est que Joye peut y mettre les doigts, l'zinc est toujours d'accord, pour lui prêter son corps. Moi ce que j’aime chez Slanka (ouais bon c’est moi-même parce que seule je rime, et laisse à Gargamel le soin de trouver le contrepet), c'est que l'on peut s'y mettre à trois, son nez est toujours d'accord, pour battre des records. Arrière fainéants, ce post est un roc, un pic, un cap! Que dis-je, c'est un cap? C'est une péninsule! Bref c'est super long quoi. Mais bon, y a toujours de la place, pour les copains qui passent…
Nelly nous a abandonnés, dans sa 129e année, nous qui l’avions tant vénérée. Puissent sa générosité spontanée, son inextinguible abnégation, son inexpugnable bonté faire de cette icône incarnée qui illuminait nos vies une étoile rayonnante dans les Cieux éternels.
Depuis toute puînée elle n’aimait que ça! Chez elle c’était une adoration inébranlable, une monomanie ineffable, une folie impénétrable, un hobby inestimable, un violon d’Ingres inéchangeable, une gourmandise inégalable, une inédite idée fixe, une tyrannie ineffaçable, bref, une passion inéluctable qui gouvernait toute sa vie. Elle les ambitionnait immenses, les imaginait puissants, virils et lascifs, les fantasmait frénétiques, violents, vénériens, à la fois fermes et résistants, les devinait vulnérables, vénéneux, cornéliens, elle les échantillonnait, les espionnait, les voulait tous : les grands nez!
Tout bébé, cernée des nouveau-nés de l’hôpital Necker, elle se discriminait déjà par son penchant inné pour l’appendice monumental d’un gynécologue japonais qui fut assez déterminé pour dominer son anémie et la vacciner contre la salmonellose. Toute sa plus tendre enfance fut câlinée aux contes de fées raffinés, maternée aux légendes peaufinées par les siècles, et autres épopées surannées. On ne négligea pas les générations classiques, et la petite frissonnait en Ménélas et L’Enéide, Néfertiti, Néron, Pénélope, et plus généralement tous les héros déterminés de la littérature planétaire, italienne en particulier. Pinocchio peuplait ses rêves les plus hallucinés. En l’école Sainte-Nestorine, au village de Néris-les-Bains (près Montluçon), Madame Népenthes, institutrice bien intentionnée, s’étonnait infiniment des dispositions de l’enfant pour les comptines et ritournelles. Du fond de la classe, toute la journée, résonnait sa voix de jouvencelle qui s’époumonait : On les plante avec le nez, à la mode, à la mode!!!
Adolescente indisciplinée, Nelly la névrosée, comme la surnommaient ses connaissances, se fit pénétrer les narines par de jolies boucles en étain. Elle s’enfournait le museau de tabac brun (qu’elle détournait au nez et à la barbe de ses aînés) et d’autres graminées bizarres qu’elle jardinait en secret. Elle raccrochait éternellement au nez de ses nombreux soupirants exténués qui lui téléphonaient sans relâche. Leurs évanescents attributs nasaux bourgeonnés la consternaient. Quand il faisait trop neigeux pour mettre le nez dehors, elle crayonnait sur les murs de sa chambre néo-impressionniste de grands Cyrano arachnéens qu’elle ornait de nénuphars et d’anémones festonnées. Elle rêvait de talonner un grand tarin, de taquiner un vrai groin, de culminer un pic néandertalien ; elle cherchait son Neptune, son organe marin, l’idylle idéale qui viendrait lutiner ses nectaires, et, telle une néréide nue, elle marinait dans son chagrin et piétinait d’impatience.
Passionnée de littératures nébuleuses, elle avait le goût mâtiné, le sentiment vif, un peu désordonné, et un penchant inné pour les romans de genre : les Russes la fascinaient, elle avait lu d’une traite, le souffle court, le nez bouché (elle émanait d’un gros rhume de cerveau acharné) "Le Nez" de Nicolas Gogol. La prose libertine l'animait : "Nez de cuir, gentilhomme d’amour" de La Varende l’avait émoustillée, quant à l’étonnant exercice de ré-appropriation de nouvelles enfantines par JP Enard, ses "Contes à faire rougir les petits chaperons" où Pinocchio n’a pas que le nez qui, enfin bref, la laissaient presque inanimée… Des annales érotiques aux libelles les plus noirs, elle ne dédaignait pas les polards et ahanait généreusement sur "Le Nez dans la luzerne" d’Exbrayat. Quant à Edmond Rostand elle lui vouait une passion quasi fanatique. Neruda, Nerval, enfin, étaient ses auteurs favoris. En revanche, la bande dessinée la rendait nerveuse, elle dédaignait le petit nez tout rond de Tintin l’efféminé, auquel elle préférait la truffe rubiconde, énergique et virile du capitaine Haddock.
Etudiante acharnée, elle jugeait la connaissance nécessaire, mais ayant étrenné un cursus de biologie moléculaire elle laissa finalement nécroses, néphélémétrie et autres nématodes pour s’orienter vers le ciné. Après avoir boulonné comme une dégénérée chevronnée dans un organisme subventionné néfaste à ses nerfs, comme elle était lasse, qu’elle se sentait anéantie, malmenée par une tâche par trop bornée, et comme on lui fit sentir sans relâche qu’on allait l’exterminer, Nelly la mutinée, refusa qu’on la poussât à démissionner mais désillusionnée accepta qu’on négociât son ultime départ. Son compte ainsi approvisionné et de manière exonérée, c’est tout à fait déterminée, qu’elle vola vers sa destinée. Elle partit auditionner à San Fransisco, où elle bouillonnait de chantonner dans un night club pour être ensuite sélectionnée comme la star amidonnée du Negro spiritual, fantasme un peu suranné mais qui ne l’avait jamais totalement abandonnée.
Comme elle avait cartonné, la diva ovationnée fut obligée de mannequiner, de badiner dans les dîners, de dandiner dans les cocktails où elle s’acoquinait avec de troublants anesthésistes en vogue, et autres minets à la mode qui lui baratinaient des fadaises, l’assaisonnaient de toutes leurs platitudes et inepties additionnées. Epuisée, mal aimée, le cœur rançonné par la vanité des hommes de petites dimensions, elle abominait sa vie, s’adonnait à l’alcool bouchonné, affectionnait les psychotropes confectionnés par des fans mal intentionnés, et s’était abonnée à Voici, au câble et autres âneries conventionnées. Confinée dans son immense appartement désordonné, elle bétonnait ses sentiments, s’aliénait l’esprit, se cloisonnait l’âme, et ânonnait toute la journée des phrases incompréhensibles, bref elle déclinait complètement.
C’est alors qu’une matinée de printemps, lors même qu’elle baignait dans ses larmes, le gin et les ressentiments, qu’on frappa à sa porte capitonnée, c’était le plombier qui venait dépanner le bidet qui fuyait. Chiffonnée par les hommes qu’elle collectionnait, toujours importunée par leurs sollicitudes, elle s’apprêtait à lui rire au nez quand elle remarqua un élément disproportionné dans sa physionomie, énorme, incontournable et turgescent, elle le fit entrer. Comme il clopinait dans le couloir et qu’elle ne savait plus très bien où s’acheminer, elle le suivit. Dans la salle de bains, elle se mit à le questionner ; il commença à lui débiner des histoires à déboulonner les sanitaires tandis que son mufle splendide qui trônait comme un glaive prêt à buriner l’éternel, s’animait en vue de siphonner toutes ces tubulures métalliques. Absolument fascinée, Nelly entreprit de le déboutonner. Il s’appelait René, elle était déchaînée, bref, ils se sont aimés.
Cette passion vite entérinée fut néanmoins l’électrochoc nécessaire pour raisonner la dive, aliénée dans son univers borné. Elle conçut de déménager, fit tamponner son passeport, pilonner ses magazines, trépaner sa télé, cartonner ses effets, ronronner le moteur de son jet qui stationnait en bas de chez elle et s’envola direct pour Paname. A peine ramenée dans la municipalité jalonnée de souvenirs de jeunesse, elle se sentit réanimée. Tandis qu’elle se prosternait devant un vrai décaféiné dans un authentique bistrot confiné où elle avait décidé de gueuletonner, des badauds et groupies étonnés s’agglutinaient à la vitre, bénéficiant d’une vue unique sur les cuisses gainées de la vedette. Nelly ne songeait pas à les en morigéner puisqu’ils ne l’importunaient guère : elle couinait de plaisir, régénérant ses papilles, et promenait avec délice son regard friponnet sur les centaines de nez ratatinés qui s’inclinaient sur la vitre. Rassérénée, sereine, elle se sentait enfin chez elle.
La suite, tout le monde la connaît, elle est enracinée dans nos mémoires collectives, elle a façonné des millions de destinées individuelles. Poétesse illuminée, sa Nez-prosodie gagnait le prix Nobel chaque année, elle aiguillonnait les âmes, affinait les esprits et dominait de son génie les scènes planétaires de la littérature. Couronnée reine des nuées intersidérales, Nelly entraînait dans son sillage les femmes du monde entier. Effet pied de nez inouï, les hommes dégoulinaient d’amour, ils vénéraient leurs femmes et arrêtèrent de : bougonner, ronchonner, crâner, braconner, rapiner, fanfaronner, assassiner, guillotiner, grogner, débiner, flagorner, klaxonner, soupçonner, lésiner, vanner, jargonner, plafonner, rançonner, traîner, pavaner, sermonner, tatillonner, tyranniser… puis, d’un général élan viril, puissant et généreux, ils se mirent tous à : cuisiner, lotionner, mitonner, nettoyer, lardonner, savonner, rapprovisionner, biberonner, pouponner et même à raisonner et pardonner, en bref, à fonctionner.
Paraît que certains se mirent même à ballonner... m'enfin là je sèche, la moutarde me monte, poil au, etc. Y en a encore d'autres?
Ou pas.
02:00 Publié dans Slank A s’emballe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : littérature, mouais enfin, conte de nez, prose bourre-pif, poésie nasale, et autres vers dans le nez.
Commentaires
Oui da.
Ecrit par : Etre nez quelque part | 14.12.2006
Ah les hommes! Ils savent aussi arçonner, butiner, harponner, papillonner, shampooiner, tartiner et aussi, mais parfois trop rarement câliner et étonner!
Ecrit par : huggy | 14.12.2006
Boap, du moment qu'ils peuvent faire damner...
Ecrit par : Sergio | 15.12.2006
les hommes savent câliner et étonner!!!!....
j'en ai un comme ça à la maison...
merci slanka pour ton passage chez moi
bonne journée
à bientôt
Ecrit par : laura | 15.12.2006
Qu'est-ce qu'on peut dire devant un chef d'oeuvre, Slankita ?
Les nez lient...
C'est très beau, aquilin, retroussé, poil aux vibrisses, on te le presse, il sort du champagne.
Bises d'admiration, jusqu'au bout de ton tarin.
Ecrit par : Pif au maître | 15.12.2006
C'est une note à l'attention des blasés ?
Bizetruffe !
Ecrit par : Mon œil | 15.12.2006
Mazette, voilà que vous m'impressionnez!
>OuiJa!
D'ailleurs j'en ai trouvé une en ligne! éternel internet sans limite...
http://www.esotera.net/hecate/ouija.php
>Huggy: shampouiner?!! tu crois :)
>Sergio: damned, minet de Nancy, merci je l'avais oublié (Nota Bénez : je suis aussi mauvaise en math qu'en Gruiiik... c'est quoi ce truc, une équation?)
>Laura, oui j'ai cru comprendre que le tien était très sucré-salé, piquant et doux à la fois ;)
>Joye, je réalise que les Frenchies sont peu précautionneux avec leur appendice, chez nous on se le casse, on se le pique, on se le bouffe et parfois même on se le noircit ou on en tire des vers... alors du champagne, la classe!!! Tchin!
>Monglobe, nan c'était juste un clin d'oeil à ma copine Nelly (vrai de vrai). BiseCils, c'est.
Merci à tous d'avoir lu cette longue note sans piquer du, etc.
Des bises, festonnées, et puisque c'est de saison:
Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,
Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.
Première gelée - Jean RICHEPIN (1849-1926)
http://poesie.webnet.fr/auteurs/RI.html
Ecrit par : Slanka | 16.12.2006
Ben oui il faut bien quelqu'un pour se mettre au niveau du chien! mdrr
Ecrit par : huggy | 16.12.2006
bel hommage à Elmer
du phrasé, du brio,
merci de ton passage chez moi
bonne année luxuriante 2007
a+
lili
Ecrit par : ulyssa | 01.01.2007

